ABAD PALACIOS, José Roldan

Né à Madrid le 1er janvier 1916 – mort le 14 février 2009 - Electricien ; professeur d’espagnol - FIJL - CNT – Madrid (Nouvelle Castille) – Barcelone (Catalogne) – Paris
dimanche 26 avril 2009
par  R.D.
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José Roldan Abad Palacios naît à Madrid le 1er janvier 1916. Son père Jesus Abad Martin survit longtemps après la guerre d’Espagne alors que sa mère et sa sœur aînée disparaissent dans les bombardements madrilènes.

Il a donc juste 20 ans quand commence le coup d’état organisé par des généraux félons sous la conduite de celui qui deviendra le Caudillo, Francisco Franco y Bahamonde.

Il est contacté très tôt, probablement au printemps de 1936, par la C.N.T, pour infiltrer les milieux de droite en vue, le moment venu, d’être prêt lorsque l’action qui devient inévitable, commencera.
Le 17 juillet 1936, la C.N.T. lui confie d’autres responsabilités. En effet, dès le lendemain, il est présent lors de la prise de la caserne « de la montagne », à Madrid.
Puis, sur ordre du ministère de la santé, il est nommé « délégué des pharmacies et laboratoires réquisitionnés », afin de réorganiser et de surveiller ceux qui contrôlent encore la distribution des drogues et médicaments divers (la plupart des employés étant d’anciens fascistes), produits qui seront très utiles par la suite. C’est peu de temps après qu’il accède aux fonctions de commissaire politique de compagnie. A cette période, il se déplace fréquemment dans la montagne (la sierra) pour s’informer des conditions de vie, de l’état moral et physique des compagnons miliciens et de la situation militaire. C’est là aussi l’occasion de recueillir des informations sur l’ennemi et la situation réelle du front pour la défense de Madrid face aux attaques venues du nord. C’est lors de ces incursions qu’il est blessé pour la première fois.

Début octobre 36, il entreprend des actions solitaires, notamment du coté des tranchées creusées dans les terrains de la casa de campo à Madrid.
Il s’occupe ensuite du ravitaillement pour la capitale.
Il doit rencontrer Buenaventura Durruti à la demande de la C.N.T mais arrive trop tard, celui-ci vient d’être tué le 20 novembre 1936. Il rédige finalement un article à sa mémoire.

En janvier 37, nommé commissaire politique de compagnie, il se présente à la caserne de la rue de Grenade où il reçoit comme instruction du commissariat supérieur de l’armée du centre de contrôler et de préparer les soldats au combat. En mars 37, il part pour Guadalajara avec la 70ème brigade où il participe à la bataille qui commence le 8 mars et occupe des positions devant Gajanejos. Une guerre de positions commence pour lui et ses troupes.
A partir du 5 juillet 37, il est à la bataille de Brunete où il est à nouveau blessé par une grenade qui « l’envoie » dans un hôpital de la rue Serrano, à Madrid. C’est là qu’il reçoit sa convocation pour suivre l’école de commissaire de guerre de brigade, à Valence, grade auquel il a été promu.

La nuit du 31 décembre 37, à nouveau blessé au retour d’une reconnaissance des positions ennemies, on le conduit dans une clinique d’Almeria puis finalement à Madrid.
Pendant cette très longue convalescence pour remettre en place les os très abîmés de la jambe (il en gardera des séquelles jusqu’à la fin), il est chargé de réorganiser l’organe de la Fédération Ibérique des Jeunesses libertaires (FIJL) Juventud libre (Madrid, 1936-1939).

Il retourne, à sa demande et malgré sa claudication, à la bataille avec le 14ème bataillon de mitrailleuses sur le front de Cuenca. Puis il est nommé commissaire de division en charge du parc d’artillerie de l’armée du centre. Toute l’année 38, il parcourt les dépôts d’armement pour les réorganiser tout en constatant l’état déplorable dans lequel se trouvent l’intendance militaire, les compagnies et les groupes de soldats pour tenter de leur remonter le moral bien bas à ce moment là. Il constate avec peine que bon nombre d’officiers croient les émissaires franco-anglais qui leurs promettent de s’embarquer pour l’Afrique du Nord en échange de leur soumission.

Il part après la chute de Madrid pour tenter de rallier Barcelone, long périple difficile et dangereux où il risque plusieurs fois d’être pris.
Avec l’aide de compagnons clandestins, il se procure la carte des syndicats officiels et cherche alors du travail afin de ne pas être inquiété pour les actions clandestines qu’il envisage. Il est d’abord peintre en bâtiments puis, en 1940, dénoncé à la police, il est arrêté. Emprisonné à la prison de Montjuich de Barcelonne (le palais des missions), il y reste plus de deux ans avant de faire l’objet d’un « non lieu », ses geôliers et le tribunal ne connaissent que ses noms de guerre et pas son véritable nom, qu’il avait pourtant donné lors de son arrestation.

Commence alors une longue période de clandestinité et d’actions de résistance.
Il trouve un travail de couverture dans une usine de fabrication de lampes électriques, ce qui lui permet de « se perfectionner »... et de participer aux actions engagées par le nouveau front de libération (F.N.L.). Plusieurs fois menacé d’être pris, il s’échappe toujours et continue de mener ce que l’Espagne d’alors appelle des « actions terroristes ».
Avec son ami, José Andreu Serano, ils portent avec succès, de 1944 à 1947, des coups sérieux au pouvoir en place tout en instruisant « leurs groupes » au maniement des armes qu’ils ont reçues.
Suite à des dénonciations, beaucoup de leurs compagnons tombent. José Abad Palacios et son ami José Andreu Serano, décident, après avoir échappé à la police dans la nuit du 2 au 3 juin 1947, de passer en France clandestinement. Quittant Ripoll le 15 juin 1947, conduits avec d’autres à travers la montagne, ils arrivent en France le 18 juin 1947 où ils sont conduits par les gendarmes à Pratt de Mollo.

Il quitte Perpignan et arrive à Paris où, avec l’aide de la C.N.T., il trouve à se loger. Il exerce les métiers de boiseur puis de ferrailleur et est élu secrétaire de la fédération locale de la C.N.T. à Paris. Il devient électricien à la compagnie des camions électriques rue de l’Amiral Mouchet. C’est pendant cette période qu’il écrit de nombreux articles pour le journal España Libre (Paris-Toulouse, 1945-1961), organe hebdomadaire de la tendance dite collaborationniste de la CNT en exil, dont il devient le rédacteur en chef.

Dès 1950, il demande et obtient un poste d’auxiliaire pour enseigner l’espagnol. L’année suivante, nommé au lycée Michelet à Vanves (Hauts de Seine), il y exerce pendant plus de 30 ans et y prendra sa retraite en juillet 1981.

Après bien des péripéties, il devient citoyen français le 2 février 1958.
Décidé à honorer son pays d’accueil, José Abad Palacios reprend des études en Sorbonne : licence de Portugais, licence de Philosophie, licence de Lettres, Maîtrise à 5 certificats, puis CAPES et agrégation d’espagnol ! Et tout cela en faisant ses cours avec sérieux et passion.
Engagé dans des associations, il apporte son aide et ses compétences d’homme et d’enseignant, d’abord à ses élèves qu’il considère comme ses fils (ils en resteront imprégnés) puis aux pays d’Amérique latine. Il convient de dire ici combien il est resté fidèle et reconnaissant à la France, son pays d’accueil.

Homme libre et de bonnes mœurs, homme juste et courageux qui se tînt droit toute sa vie durant, José Abad Palacios fut un Maître pour beaucoup. Nous, ses amis et ses anciens élèves, le portâmes en terre le jeudi 19 février 2009 et je lus sur son cercueil ce qu’il avait déclaré à son ami Antonio Soriano, auteur du livre « Exodos » :

« Comme je n’ai rien demandé ni ne demanderai rien, je n’attends rien. Des types, comme certains et moi-même, tout ce que nous avons fait pour les autres, nous l’avons fait exclusivement pour nous. Nous avons été payés comptant avec les bonnes espèces sonnantes et trébuchantes du pur bonheur, de la peur aussi, récompensés par la joie sans pareille d’avoir modestement accompli toutes ces choses que tant de gens n’ont pas eu le bonheur de connaître. Comment imaginer que tout cela puisse avoir un prix ? Tout ceux qui ont fait plus que toi et moi et qui ne pourront s’en souvenir car ils sont partis pour toujours, ceux-là on ne leur paie rien, et ce qui est plus triste c’est que beaucoup de gens les ignorent et d’autres les ont totalement oubliés. Toi et moi sommes toujours vivants ; que demander de plus ».

José Roldan Abad Palacios, décédé le 14 février 2009, a été enterré au cimetière de Montreuil au côté de sa femme Yvonne.

Michel FOUCHARD,6 avril 2009.


Sources : Information transmise par la Librairie espagnole (avril 2009) //


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